La Religion : cours explicité

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La Religion : cours explicité

Message  Cécile le Dim 20 Mar - 16:02

LA RELIGION

I.SENS DE LA NOTION D’UN POINT DE VUE PHILOSOPHIQUE

1) 3 ETYMOLOGIES POSSIBLES

RELEGO : RELIRE
-> Support matériel à toute religion, dont les sens sont déterminés par l’interprétation ;
Ex : textes (3 religions du livre : chrétienne, musulmane, juive)
Ex : phénomènes naturels -> manifestations d’une puissance supérieure (animisme, polythéisme)
Ex : paroles d’êtres visibles désignés comme des intermédiaires humain/divin (prêtre, chaman, Pythie…)

RELIGO : LIER, RASSEMBLER
-> Rapport horizontal : rassembler les hommes autour d’une même foi, vocation à l’universalité.
-> Rapport vertical : Relier l’humain à des instances conçues comme supérieures (le divin)

Lien, interprétation en quête d’un sens, ou rassemblement, tous ces sens s’unifient autour d’une croyance, socle de toute religion.

2) QU’EST-CE-QUE CROIRE ? DEUX USAGES DU MOT
Langage courant : renvoie à une connaissance avec une part assumée d’incertitude.
En religion : adhésion ferme et convaincue, mais sans preuve. C’est pourquoi on retrouve une incertitude, et ainsi la croyance religieuse diffère de la science car :
- ≠ résultat d’une démonstration, puisque Ø preuve
- sorte d’hypothèse, mais sans vérification possible
- la croyance est de l’ordre du sentiment

3) QU’EST-CE-QUE LE SACRÉ ?
La croyance religieuse est une croyance en l’existence d’entité(s) supérieure(s), source(s) d’une vérité qui peut être révélée par des signes (voir 1)) considérés comme sacrés. 2 dimensions à ce terme :
- idée de séparation d’avec l’humain, touche au monde divin
- idée d’intransgression, forme d’interdit, punition possible (interprétation commune des textes de la Genèse, Adam et Eve / la tour de Babel)

4) QUESTIONS
 Quelle est la nature de ces entités supérieures ? de quoi Dieu est-il le nom ?
 La religion ne se fonde-t-elle que sur un sentiment ? Quel est alors son lien avec la raison ?
 Quelles relations entretiennent la religion et la philosophie ?

II. DE QUOI DIEU EST-IL LE NOM ?

A.LE DIEU DES CROYANTS, « VIVANT »

1. UN DIEU DU SENTIMENT
C’est la thèse de Pascal : notre rapport à Dieu (on considérera le mot comme une domination commune à toute entité érigée comme supérieure dans une religion plutôt monothéiste) est d’ordre affectif, le sentiment est premier.
Eléments accréditeurs :
- au départ, c’est une relation humaine (->affectif) qui fait adhésion : un homme (Abraham, Jésus, Mahomet), d’un charisme extra-ordinaire initie le rapport au divin, se fait prophète, messie.
- tout le monde n’adhère pas ; on n’est donc pas dans un rapport rationnel, susceptible de convaincre par la démonstration.
- une force du sentiment était indispensable dans les débuts des religions, où les croyants passaient bien souvent par des conflits avec des les dogmes en place. ≠froide conviction scientifique.
- l’entrée dans la religion se fonde parfois sur une expérience mystique –DEF : expérience intransmissible du divin -, une révélation qui là encore ne tient pas de la raison, et qui transforme en profondeur.

=> le sentiment est premier. Mais, comme toujours après un coup de foudre, il est nécessaire d’inscrire ce sentiment dans un cadre, avec des règles, pour qu’il dure : l’institution est indispensable à la transmission de la foi comme sentiment : c’est la naissance des Eglises.

2. DISTINCTION AVEC SUPERSTITION
D’après le petit Larousse, il y a deux sortes (additionnelles ou non) de superstition :
- une qui prête un caractère sacré à certaines pratiques (-> cierges dans église)
- une qui établit un rapport logique entre des « présages » et des événements fortuits

Cette « déviation du sentiment religieux » (dico) se fonde sur la crainte ou l’ignorance : l’individu cherche à toute force une cause à ses malheurs, quitte à pour ce faire établir des liens de cause à effet irrationnels entre les événements, et allant ensuite jusqu’à généraliser ce rapport logique.
Spinoza, dans Traité théologico-politique, montre le lien qui existe entre la superstition et la non-maîtrise qu’ont les hommes de leur destin (« si les hommes pouvaient régler toutes leurs affaires suivant un dessein arrêté »), laquelle s’associe à une démesure de leurs désirs, qui fait qu’il devient improbable que le hasard amène à une correspondance entre leur souhait et la réalité. Ces deux éléments fondent le malheur des hommes, qui se trouvent ainsi dans un « état de crainte », qui leur font « l’âme encline à la plus extrême crédulité ». De ce fait, jetant un coup d’œil rétrospectif vers ce qui précéda leur malheur, ils auront tendance à repérer tel ou tel événement, qui, s’il vient à se reproduire, sera appelé « présage favorable ou funeste ». Mais, naturellement, ce rapport logique créé de toute pièce, l’association subjective qui est faite entre un certain événement et un autre à venir, est totalement irrationnel.
Point commun superstition/religion : la croyance en une puissance supérieure. Cependant :
- 1ère sorte de superstition : il est possible d’entretenir avec cette puissance un rapport marchand, de négocier des faveurs
- 2e sorte : cette puissance n’est pas douée d’une volonté propre, c’est le destin, impersonnel, ≠ dieu des religions.

3. UN DIEU VIVANT DES SENTIMENTS DES HOMMES EST SUSCEPTIBLE DE MOURIR
L’existence de Dieu est fondée sur une croyance, laquelle est intimement liée au sentiment ; or, un sentiment peut s’éteindre. D’une certaine façon, Dieu est donc mortel.
Pourquoi un sentiment s’affaiblit-il ?
-> importance de la présence concrète dans les sentiments, or pas de grands prophètes dans les petites annonces en ce moment… Ce sont toujours certains hommes qui initient les grands mouvements, qu’ils soient d’ordre religieux, politique (mort de Lénine…) ou social.

4. QUESTION DES EXTREMISMES
On assiste aujourd’hui à une réactivation du sentiment religieux sous sa forme la plus violente : les extrémismes, qu’ils soient chrétiens, juifs ou musulmans. Assisterait-on à une renaissance des Dieux, ou à la naissance de nouveaux ?
Non, car :
- mouvements plus d’ordre politique, idéologique (phénomènes politico-étatiques) que religieux
- Ø nouvelle interprétation, Ø enrichissement, Ø nouvelle forme de pensée

5. CONCLUSION PARTIELLE
La foi est avant tout un sentiment ; si elle est soutenue par les institutions et par la raison, celles-ci n’arrivent qu’après le sentiment, premier. La question du rapport entre raison et foi, soulevé dès le III-IVème siècle par Saint-Augustin puis par Thomas d’Aquin au XIIIème siècle, reste d’actualité, bien qu’une rupture se soit opérée vers la fin du XVIème siècle par la prise d’autonomie de la raison. Une autre sorte de Dieu, le dieu-idée, se fonde au contraire sur la raison.

B. LE DIEU-IDEE DES PHILOSOPHES

1. UN DIEU CONCEPTUEL ACCESSIBLE A LA RAISON
Puisque ce dieu est de l’ordre du concept, il existe des preuves de son existence :
• chez Descartes :
 preuve ontologique : Dieu existe parce que, en tant qu'être parfait, s'il lui manquait l'existence, il ne serait pas parfait. Donc, il existe.
 l’idée du parfait : Moi qui suis un être imparfait, il y a dans mon esprit une notion de perfection. Qui d'autre, sinon Dieu lui-même, a pu me donner cette notion de perfection?
 L’existence propre à chaque homme : L'existence propre à chaque homme ne tient pas de l'homme lui-même puisqu'il se serait créé parfait et ainsi, il serait Dieu. Elle ne peut donc être attribuée qu'à Dieu, être parfait.
• Autres preuves :
 Preuve cosmologique (Thomas d’Aquin, Leibniz): le principe de raison veut qu’il y ait une cause à l’origine du monde, qui n’est pas les hommes, qui est donc forcément une autre entité -> Dieu, dont la nature est précisée par :
 Preuve physico-théologique : un monde si harmonieux, si équilibré, n’a pu être crée que par une intelligence bienveillante et organisatrice.

NB. THEISME, DEISME, ATHEISME
Théisme : doctrine qui affirme l’existence d’un dieu unique transcendant. Selon David Hume (1711-1776), c’est une religion naturelle qui
- prône une relation directe avec la divinité, sans intermédiaire.
- où la présence de Dieu se manifeste dans la nature plus que dans les textes
- et où notre piété s’évalue à notre conduite morale.

Déisme : même idée, sauf que Dieu n’est pas connaissable.

Athéisme : Ø croyance en un dieu, quel qu’il soit. Mais : l’inexistence de Dieu n’est pas prouvable rationnellement, pas plus que ne l’est son existence comme le montrera Kant. Aussi, paradoxalement, l’athéisme est aussi une forme de croyance, la croyance en l’inexistence d’un dieu. Comte-Sponville : « Athés et croyants ne sont séparés que par ce qu’ils ignorent » ; c’est parce que nous ne savons pas ce qu’il en est réellement que nous opposons.

2. LIMITE : EXISTENCE DE DIEU IMPROUVABLE EMPIRIQUEMENT
Dans Critique de la Raison Pure, Kant montre la distinction qui existe entre existence logique, laquelle est uniquement de l’ordre du concept, et existence empirique, inscrite dans le réel. En effet, « Etre n’est pas […] un concept de quelque chose qui puisse s’ajouter au concept de cette chose » ; ce n’est pas une simple caractéristique que je choisis d’attribuer ou non, par mon imagination ou ma raison, à la chose ; c’est « la position d’une chose ». Il existe une distance entre a priori et réalité. De ce fait, je ne puis avoir de preuves de l’existence empirique de Dieu, puisque celui ne se manifeste que dans des expériences d’ordre mystique, individuel et intransmissible. Par conséquent, le seul rapport que je puis entretenir avec un Dieu religieux se fonde sur la foi, la croyance.

3. AFFAIBLISSEMENT DU MOTIF RELIGIEUX
On peut penser que l’affaiblissement du motif religieux est la conséquence directe de l’essor de la raison, avec plusieurs étapes :
• chez les Grecs
 invention des mathématiques : cet outil rationnel permet d’expliquer la nature, par l’établissement de vérités absolues => plus besoin d’un dieu transcendant comme principe de raison
 découverte de l’infini : l’infini semblait être l’attribut par excellence des dieux, les plaçant sur un pied supérieur. Mais, confrontés au problème de la diagonale du carré, les Grecs et notamment Eudoxe découvrent des mondes irrationnels, au nombre infini de décimales -> l’infini rentre dans la connaissance humaine.
• Chez Leibniz (1646-1716) ; approfondissement de ce travail sur l’infini, de plus accessible à la raison, avec des calculs de fonctions pour x tendant vers l’infini
• Chez Cantor : la théorie des ensembles, fin XIXème, va encore plus loin dans l’infini, puisque les ensembles contiennent une infinité de nombres
Cependant, dans la cadre même des dispositifs philosophiques grecs qui se basent sur la raison, l’existence de transcendances est supposée pour servir d’axiome, de principe de base indémontrable.
Ex : Platon -> Idée du Bien, source de vérité
Ex : Aristote -> suprême moteur immobile (dans Métaphysique) : une transcendance insaisissable, principe explicatif du monde, à créé le monde et son mouvement, sans être elle-même prise dans le mouvement
Mais : ces deux « Dieux » ne sont pas révélés, mais bien le produit des réflexions des 2 philosophes.

C. POURTANT, Ø DISPARITION DU MOTIF RELIGIEUX
En dépit de la négation qui est parfois faite des dogmes religieux depuis l’avènement de la raison, l’idée même d’entités supérieures ne disparaît jamais vraiment ; il y a chez l’homme, être de désir, comme un besoin de religieux, ce que Freud explique, dans Malaise de la civilisation, par les 3 désirs de l’homme que seule comble vraiment la religion dans ses 3 fonctions.

1.LE DESIR DE CONNAISSANCE
Désir de l’homme : confronté à un monde souvent féroce dont il ne parvient à maîtriser les forces, l’homme a besoin de trouver des explications, même irrationnelles, aux phénomènes qu’il perçoit.
Ce que fait la religion : elle « éclaire [les hommes] sur l’origine et la formation de l’univers », offrant une explication à toute chose.
=> 1ère mission de la religion : « satisfai[re] la curiosité humaine » (selon le principe de raison)
Eloignement par rapport à la science : « autres procédés »

2.LE DESIR D’ETERNITE
Désir de l’homme : L’homme est sans cesse confronté, par les physiques morales, physiques ou affectives qu’il endure, à la précarité de sa condition, condamnée par ailleurs à la finitude. Il en résulte un désir d’éternité, de non-fin, qui permette de rester près des êtres aimés.
Ce que fait la religion : Effet ou non de ce désir, la religion est en tout cas en correspondance avec lui, puisqu’elle propose à l’homme une forme de vie après la mort. Elle « leur assure, au milieu des vicissitudes de la l’existence, la protection divine et la béatitude finale ».
=> 2ème mission de la religion : « apaiser la crainte de l’homme devant les dangers et les hasards de la vie, lui apporter quelque consolation dans les épreuves. »
Eloignement par rapport à la science : « la science ne peut rivaliser avec elle », ne rassure en rien.

3. UN DESIR D’EGALITE, JUSTICE, SOLIDARITE, ORDRE
Désir de l’homme : la vie en société, la plus organisée et paisible possible. Il a donc besoin de lois pour régler cette vie en communauté.
Ce que fait la religion : l’homme est un être de société, mais les lois primaires de la nature (égoïsme…) sont insuffisantes pour assurer un « vivre-ensemble » viable. Au contraire, la religion « règle les opinions et les rites [des hommes], en appuyant ses prescriptions de toute son autorité » - autorité qui, parce qu’elle est de l’ordre du divin donc suprême, est difficile à contester. Ainsi, la religion permet la cohabitation entre les hommes, en régulant leurs mœurs.
=> 3ème fonction de la religion : « formule[r] des préceptes, des interdictions, des restrictions. » -> fonction sociale, juridique.
Eloignement par rapport à science : élaboration de « règles de conduite analogues à celle de la religion, mais autrement motivées »

D. CONSEQUENCES

1. DES IDEES PEUVENT SE SUBSTITUER AUX DIEUX DES RELIGIONS
Même chez les athées, le rapport religieux subsiste ; s’il n’est pas dirigé vers les dieux des religions, il se concentre sur des idées, tel le progrès par exemple.
Cournot (1801-1877) établit que le progrès, bien qu’il « se refèr[e] a l’ordre des faits naturels » et non à l’existence d’un être supérieur, peut tout à fait « devenir le principe d’une sorte de foi religieuse pour ceux qui n’en ont plus d’autre ». L’ « idée de progrès » tient lieu de nouveau dieu, et Cournot va relever tous les points communs qu’elle entretient avec la foi religieuse :
 « la vertu de relever les âmes et les caractères » : relever-> chute, vers l’animalité ; un idéal, sorte de but spirituel, doit animer l’homme, et, le confrontant à des épreuves, lui permet par la même occasion de construire son caractère.
 « idée d’une perfection suprême » ; le « progrès indéfini » tend vers un horizon qui se revêt d’une perfection, avec une ouverture vers une amélioration infinie.
 = « loi qui domine toutes les lois particulières » : pour certains philosophes du XIXe siècle, notamment Marx et surtout Hegel, une sorte de raison souterraine mène le monde. Il y a chez l’homme une disposition naturelle, qui fait de l’amélioration une sorte de loi constante qui n’est pas toujours saisissable (guerre, massacre…) mais qui est pourtant motrice. Pour Hegel, cette raison passe par la contraction, dont le dépassement amène au progrès.
 « un but éminent auquel tous les êtres doivent concourir dans leur existence passagère » ; si les hommes sont des êtres éphémères, leur union amène à une avancée générale vers un but supérieur, et leur assure une sorte d’humaine éternité.

=> « c’est donc au fond l’idée du divin ». Mais deux dangers :
- qu’elle soit « spécieusement évoquée en faveur d’une cause » ; si n’importe quel arriviste prétexte le progrès comme but ultime de son œuvre, il pourra rallier à sa cause « les esprits les plus élevés » (qui ne se contentent pas de l’animalité) et « les âmes les plus généreuses » (prêtes à donner d’elles-mêmes.)
- le « fanatisme » : excès toujours possible de ce genre de rapport, dont la racine est l’axiome : « l’excellence de la fin justifie les moyens ».

=> des rapports religieux sont possibles dans l’athéisme ; tout ce qui est disposé en transcendance (amour, progrès..) est de l’ordre du religieux et amène au même type de rapport.

2. PERENNITE POSSIBLE DE LA DISPOSITION RELIGIEUSE
-> via la survivance du dieu-idée, métaphysique
-> via la continuité des religions de dieu révélé
-> via divinisation des idées comme le progrès

III. PHILOSOPHIE ET RELIGION

A.MEME QUETE DE SENS, MAIS DES APPROCHES DIFFERENTES
Religion et philo cherchent non seulement le bonheur mais aussi le sens de la vie des hommes, mais elles divergent dans leur conception de la vérité.

RELIGION -> SENS REVELE
- en religion, le sens est révélé
- par une expérience mystique -> mise au contact direct avec la divinité
- par l’interprétation des signes (textes…), où le sens est à découvrir, initialement déposé
- ainsi, initialement mais aussi ultimement, la charge de la cause est laissée à Dieu, car il y a une limite à la raison. Au contraire, selon la conception religieuse traditionnelle, vouloir accéder au savoir absolu équivaudrait à revendiquer la puissance divine et serait donc une faute.

PHILO -> PUISSANCE DU RAISONNEMENT
- vérité ≠ révélée, elle est à chercher, voire à inventer ?
- seul le raisonnement fait autorité, l’argumentation prouve si vrai/faux.
- Ø limite à la raison humaine
EX : Socrate fut condamné pour « impiété », parce que Socrate refuse le modèle religieux de l’apprentissage qui se fait à partir de la croyance, il refuse l’autorité divine.

B. DE LA FOI EN PHILO ?

UNE FORME RELIGIEUSE : DES PHILOSOPHIES BASEES SUR LA RECHERCHE D’UN SENS PAR L’INTERPRETATION
-> Sophisme, courant herméneutique (Heidegger), courant analytique (Wittgenstein). Le sens est déposé dans les mots, et il faut l’y rechercher. On retrouve donc la démarche religieuse de l’interprétation. Toutefois, Ø idée d’une entité supérieure qui aurait placé là le sens, Ø révélation.

A LA BASE DE LA PHILO, UNE CROYANCE
La philosophie se base sur l’existence de la raison comme capacité propre à l’homme et universelle (« le bon sens est la chose du monde la mieux partagée » Descartes, Discours de la Méthode). Mais on est ici dans le domaine de la croyance, de foi en la raison ; au regard des événements, l’universalité et la toute-puissance de la raison n’est pas prouvable.

LA PHILOSOPHIE EST INVENTRICE D’IDEES POSEES EN DIVINITES PRINCIPIELLES
On trouve une sorte de réactivation de la religion dans l’espace de la philo, avec l’idéalisation de concepts (communisme, progrès, l’homme…)

DIFFERENCE : LA FOI N’A PAS LE DERNIER MOT
Si des croyances existent au sein du dispositif philosophique, elles ne sont pas mises sur le même pied que la raison, dominante.

IV. RAISON ET RELIGION

A.UN ANTAGONISME ?

1.DES THESES ET DES METHODES OPPOSEES
- La religion fonctionne par révélation et non par déduction. Elle semble donc concevoir l’exercice de la raison comme inutile, voire, on l’a vu, comme répréhensible lorsque les hommes s’aventurent à vouloir braver par la raison la puissance absolue de Dieu.
- la raison et la science qui en est le bras tendent à contredire les théories religieuses quant aux origines de la matière par exemple, remettant en cause la démiurgie divine.

2.LA RELIGION NUIT A L’EXERCICE DE LA RAISON

MARX : « L’OPIUM DU PEUPLE »
Marx, dans Pour un critique de la philosophie du droit de Hegel, explique que la religion n’est pas arrivée par révélation pour aider l’homme à se construire ; c’est l’homme qui s’est façonné sa religion : « c’est l’homme qui fait la religion, et non la religion qui fait l’homme ». Non pas l’homme en tant qu’ « être abstrait recroquevillé hors du monde », mais bien en tant qu’Etat, société. Ce qu’il recherche dans cette religion qu’il se crée, c’est un refuge à ses doutes et ses erreurs, un « universel motif de consolation et de justification », une compensation aussi à la misère de sa condition. Ainsi, la religion se fait le symbole visible, en tant que produit, de la misère de l’homme : « la religion est le soupir de la créature accablée, l’âme d’un monde sans cœur. ». Elle est aussi « l’opium du peuple », en ce sens qu’elle constitue pour lui, par les explications faussées et le « bonheur illusoire » qu’elle lui fournit, une sorte de drogue débilitante qui le dissuade d’aller chercher ailleurs des remèdes à son état.

+ C’est pourquoi, aux yeux de Marx, « la critique irréligieuse » s’impose pour conquérir tant la dignité que le bonheur de l’homme : « nier la religion, ce bonheur illusoire du peuple, c’est exiger son bonheur réel. Exiger qu’il abandonne toute illusion sur son état, c’est exiger qu’il renonce à un état qui a besoin d’illusions. ». En effet, privé de ce que lui apporte la religion, illusions sur son bonheur et sa condition (Ø rédemption…), l’homme ne pourra continuer à vivre comme il le faisait avant. Il sera obligé d’aller se trouver un bonheur véritable, sur terre, et aussi de se sortir de cette sorte d’infantilisme qui lui fait chercher chez plus puissant que lui des paroles de réconfort factices (« état qui a besoin d’illusions »).

Subséquemment à cette définition qu’a donnée Marx de la religion (une création humaine, comme l’opium est fabriqué des blanches mains de ses producteurs), la « critique irréligieuse » n’est pas une « critique du ciel », mais bien une « critique de la terre », des choix infantilisants que font les hommes pour se réconforter au lieu de se battre.

LES CAUSES AVANCEES PAR LA RELIGION QUANT AUX PHENOMENES SONT DENUEES DE RAISON
« La volonté de Dieu, cet asile de l’ignorance », dit Spinoza dans Ethique. Pour apaiser les angoisses de l’homme devant sa non-compréhension et sa non-maîtrise des phénomènes, la religion fournit toutes sortes d’explications irrationnelles, et notamment l’omnipotence et l’obscurantisme de la volonté divine : les voies de Dieu sont impénétrables… Ne laissant aucune place à l’exercice de la raison.

B. UNE COMPLEMENTARITE ?
- la raison, qui me permet de comprendre la monde, me fait appréhender sa magnificence et me révèle la grandeur de Dieu (Einstein : « Dieu ne joue pas aux dés »)
- la raison permet d’éliminer les attributions religieuses qui relèvent davantage de la superstition que de la foi véritable (orage--> colère divine), et me rapproche ainsi du vrai Dieu
-> Éclairage nouveau à la citation de Spinoza, qui n’est pas un antireligieux ; il prône au contraire un retour à la vrai foi, plutôt qu’une crédulité basée sur des croyances de l’ordre de la superstition, inspirées par la peur.
- dans le cadre même de la religion, on peut établir une interactivité entre foi et raison, qui contribuent toutes deux à un rapprochement de l’homme vers Dieu : « Croire pour comprendre ; comprendre pour croire » dit Saint-Augustin.

CONCLUSION
La religion, en tant que produit de la pensée, est propre à l’homme, qui par sa conscience passe outre l’absence de présence physique. C’est donc un phénomène de culture. Elle repose essentiellement sur la foi, la raison apparaissant comme seconde, à l’inverse de la philosophie. Ce sont les limites de la connaissance (ce que la raison permet de saisir du monde), qui prouvent les limites de la raison, et l’existence de la souffrance, de la précarité et de la finitude humaine, qui amène sans doute l’homme à trouver un remède à son ignorance et un réconfort face à son angoisse. C’est pourquoi la religion constitue une question d’ordre privé et non publique.
BERGSON : DEUX FORMES DE LA RELIGION
Cette distinction religion privée / publique nous renvoie à une différence que fait Bergson, dans Les deux sources de la morale et de la religion, entre deux formes de la religion :
- la religion statique (≈ religion institutionnelle, principe de cohésion sociale) : c’est celle dont les fonctions ont été décrites par Freud : conservation sociale car intelligence->individualisme), apaisement de l’angoisse de la mort (car intelligence-> conscience de la finitude), explication du monde. De plus, dit Bergson, cette sorte de religion nous donne une assurance contre l’imprévisibilité ; l’usage de notre intelligence, qui nous fait élaborer des projets de long-terme, nous confronte à une marge d’imprévu, que pare la religion dans son discours (c’est le plan de Dieu) et dans ses rites (instauration d’une routine apaisante).
-> « C’est une réaction défensive de la nature contre ce qu’il pourrait y avoir de déprimant pour l’individu, et de dissolvant pour la société, dans l’exercice de l’intelligence ». Le terme de nature montre ce que cette sorte de religion a d’inné, bien que profondément ancré dans la culture.

- la religion dynamique (≈religion de la relation) : l’amour est le principe de cette sorte de religion, qui se fait dans la relation individuelle à Dieu, dans le cheminement propre du sujet. Elle naît du mysticisme, de l’expérience intransmissible d’un sujet qui le met en contact avec la divinité.
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Re: La Religion : cours explicité

Message  Cécile le Dim 20 Mar - 16:06

Voici pour ce cours, mais je tiens à spécifier un petit point ; le IV. raison et religion que j'ai ajouté n'était pas dans le cours du prof, dans lequel j'ai seulement puisé quelques idées ; une partie des éléments que j'y ai mis viennent de l'abrégé de philo de Jacqueline Russ, une source fiable. En revanche, l'analyse du texte de Marx (qui figure sur notre plan de cours) est UNIQUEMENT PERSONNELLE ; je ne me suis référée à aucune source particulière, donc prenez le bien pour ce que ça vaut !
Voilou, des bisous, à lundi !!
Smile
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