Le Langage : cours explicité

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Le Langage : cours explicité

Message  Cécile le Ven 7 Jan - 17:29

LE LANGAGE

I. ANALYSE

1) DISTINCTIONS : LANGUE, PAROLE, LANGAGE
Parole : acte individuel, par lequel on exerce, de façon singulière avec différentes combinaisons la fonction du langage. Il y a une part de liberté, encadrée par des règles ; le langage est moins variable.

Langue : système d’expressions verbales, fixé dans une société et un temps donnés, organisée selon un sémantique (vocabulaire) et une syntaxe (grammaire), lesquels constituent une institution sociale, durable, quoique susceptible d’évolutions. Le langage est plus général, contient toutes les langues.

Langage : système de signes pouvant servir de moyens d’expression. Il s’exerce surtout par la parole, mais inclut aussi des formes d’expression non-verbales (gestuelles, artistiques…).
Le langage a pour fonction d’exprimer (ex primo : pousser hors de), de rendre visible à d’autres quelque chose d’en nous qui n’est pas immédiatement saisissable.
3 critères au langage :
- un symbolisme : signes, substituts de réalités, qui renvoient à des significations
- un système : organisation de ces signes dans un ensemble organisé et fixe
- une relation : message destiné à signifier quelque chose à quelqu’un susceptible de le comprendre

2) QU’EST-CE-QU’UN SIGNE ? DIFFERENTS TYPES DE SIGNES
DEF : objet matériel, figure ou son, qui remplace quelque chose quelque chose d’absent ou d’impossible à percevoir, et qui sert à rappeler ce quelque chose à l’esprit.

Différentes sortes de signe :
- les signes naturels : référé à la nature, idée d’un lien de cause à effet inéluctable (fumée/feu)
- les signes artificiels (dépendant d’une volonté humaine), associés volontairement à une signification (ex : croix verte de la pharmacie)
 Quelle origine à ces signes artificiels ?
Le langage est fait de signes artificiels, car le rapport du signe à la chose signifiée n’est pas naturel. Il est en fait constitué de symboles.
DEF : signes conventionnels, qui résultent d’un accord sur une association, représentation artificielle de réalités (sym bolein : lancer ensemble)
Ainsi les signes et les symboles sont presque magiques, puisqu’ils rendent présents, quoique de façon virtuelle, ce qui ne l’est pas.
Le langage est donc le substitut symbolique de la réalité.

3) QU’EST-CE-QU’EXPRIMER ET COMMUNIQUER ?
Exprimer, c’est objectiver des pensées, des sentiments, les rendre saisissables. L’expression est donc la mise en forme de ces pensées/sentiments à l’aide de supports matériels.
 Quelle est l’existence de ces pensées/sentiments avant l’expression ? Sont-ils pré ordonnés ?
- oui, et l’expression est alors une sorte de traduction
-non, et l’expression donne existence à ce qu’elle exprime
 La pensée existe-t-elle indépendamment de l’expression ?
Par l’expression, la pensée est en tout cas incarnée dans des signes.
 N’y-a-t’il pas déperdition voire infidélité ? Les signes peuvent-ils exprimer fidèlement ?

Communiquer, c’est transmettre quelque chose à quelqu’un, ce que veut permettre le langage. Ingrédient nécessaires :
- un émetteur et un récepteur (« communiquer », c’est mettre en commun)
- un contenu : il y a intention de transmettre quelque chose
- un langage commun, pour que le message soit compris
- Ø ambiguïté/équivocité, chaque signe doit avoir une signification, car risque d’incompréhension
 Les signes utilisés sont-ils dénués d’ambiguïté ? Sont-ils simple codage ?

II. LE LANGAGE EST-IL ANALOGUE A UN CODAGE ?

A. COMPARAISON ENTRE LES MODES DE COMMUNICATION ANIMAL ET HUMAIN

1) LE MODE DE COMMUNICATION DES ABEILLES (FRISCH)
Karl von Frisch (1886-1982) a remarqué que les abeilles communiquaient par déplacements dans l’espace :
- circulaire (wagging dance) : pollen de 0 à 100m
- en 8 : pollen de 100m à 6km
- l’inclinaison de la danse par rapport à la lumière polarisée du soleil donne la direction à prendre
C’est un langage, car les trois critères (symbolisme, système, relation) sont validés, dit Frisch.

2) QU’EN-EST-IL DU MODE DE COMMUNICATION DES ETRES HUMAINS ? (BENVENISTE)
NB : la linguistique, science, n’apparut que fin XIX ; auparavant, nulle réflexion sur le lange lui-même.
Quelques grands linguistes : Ferdinand de Saussure (1857-1913), dont les élèves universitaires à Paris regroupèrent les cours à sa mort dans Cours de linguistique générale ; Jean-Claude Milner (1941) ; Noam Chomsky (1928).

Emile Benveniste (1902-1976), dans Problèmes de linguistique générale, explique que les abeilles n’utilisent qu’un « code de signaux » et non un langage, en le comparant à la communication humaine.

Symbolisme
A- 1 message pour 1 situation (« le rapport à une seule situation »)
- Ø substitut symbolique à l’expérience objective : nécessaire contact avec réalité
H- infinité de messages pour 1 situation
- capacité de substituer des symboles à l’expérience : « le caractère du langage est de procurer un substitut de l’expérience apte à être transmis sans fin dans le temps et dans l’espace »
Système
A- pauvreté du système
- « la nature indécomposable de l’énoncé », éléments signifiants indécomposables - richesse
H- multiplicité d’éléments à sens variable, décomposables en unités sonores, en phonèmes
Relation
A- fonction unique, d’information, pour communiquer une info
- pas de réponse attendue*, pas de dialogue, «transmission unilatérale »
- message non-reproductible à partir de lui-même, nécessité de l’expérience (« l’abeille ne construit pas de message à partir d’un autre message », « le message d’une abeille ne peut être reproduit »)
H- fonctions multiples :
référentielle->info,
émotive->subjectivité du locuteur,
conative->agir sur interlocuteur,
métalinguistique…
- dialogue possible
- message reproductible à partir de lui-même : « la référence à l’expérience objective et la réaction à la manifestation linguistique s’entremêlent librement à l’infini »
* « Le message des abeilles n’appelle aucun réponse de l’entourage, sinon une certaine conduite, qui n’est pas une réponse de l’entourage […] la réponse étant une réaction linguistique à une manifestation linguistique ». Réponse : envoi d’un message en retour d’un message, sur le même mode linguistique.
Autre différence entre mode de communication humain et animal : les codes de signaux qu’utilisent les animaux ne leur permettent pas de généralisation, ils sont rivés à l’expérience et ne peuvent abstraire. Avantages : ni équivocité ni mensonge…

B. AMBIGUÏTE DU LANGAGE

1) NATURE DU SIGNE ET DANGER DE L’EQUIVOCITE

UNE RELATION « ARBITRAIRE » ENTRE SIGNIFIANT ET SIGNIFIE
De Saussure explique que tout signe recouvre deux aspects :
-le « signifiant » : support de la signification. Il emploie aussi le mot « image acoustique », qui n’est pas « le son matériel », mais « l’empreinte psychique de ce son, la représentation que nous en donne le témoignage de nos sens » -> effet dans mon esprit.
- le « signifié » : ce à quoi renvoie le signifiant, c’est-à-dire le « concept ».

Il estime que la relation entre les deux est « arbitraire », avec deux idées :
- association artificielle : «le signifiant […] est immotivé, c’est-à-dire arbitraire par rapport au signifié, avec lequel il n’a aucune attache naturelle dans la réalité »
- pas de possibilité de la modifier : « il n’est pas au pouvoir de l’individu de rien changer au signe une fois établi dans un groupe linguistique »
De Saussure : « Ainsi l’idée de « sœur » n’est liée par aucun rapport intérieur avec la suite des sons s-ö-r qui lui sert de signifiant ; il pourrait aussi bien être représenté par n’importe quelle autre : à preuve les différences entre les langues et l’existence même de langues différentes » (Cours de linguistique générale)

DANGERS DE L’EQUIVOCITE : LES « DIFFERENCES PHONIQUES » FONT SENS
Par rapport au nombre de choses à signifier, le nombre de phonèmes est limité, si bien que souvent le sens d’un mot dépend du contexte (vers, ver…), d’autant que le son n’a pas de correspondance directe avec la chose.
En effet, dit Saussure, « ce qui importe, dans le mot, ce n’est pas le son lui-même, mais les différences phoniques qui permettent de distinguer ce mot de tous les autres ». C’est un système d’opposition sonore qui commande. Le son, « élément matériel », ne constitue pas la langue : « il n’est pour elle qu’une chose secondaire, une matière qu’elle met en œuvre ». Le reste est affaire de conventions, qui se fondent sur les différences phoniques. D’où équivocité : certaines sonorités ont plusieurs sens, entre lesquels la différence phonique n’existe pas, et puisque je ne peux pas me fier au son seul pour identifier son signifié, je suis dans l’incompréhension.
Exemples de mots ambigus
Critique : argument, jugement différent d’un autre / crise (moment critique)
Grâce : faveur divine / charme / pardon

Par ailleurs, le langage est ainsi fait qu’une équivocité peut exister entre signifié et intention.
Exemples d’équivocité dans le contenu et l’intention :
Le sophisme d’Epiménide : Epiménide dit que les Crétois sont menteurs ; or Epiménide est Crétois ; donc il ment en disant que les Crétois sont des menteurs ; donc ils ne sont pas menteurs ; donc Epiménide, Crétois, n’a pas menti, quand il disait que les Crétois étaient des menteurs…
(Ce sophisme joue sur une double lecture du mot mentir : dans le contenu et dans l’intention.)
Soyez spontanés ! Mais la spontanéité est précisément la non-conformité à un ordre…

2) SENS INDIRECT DU LANGAGE (MERLEAU-PONTY)
Merleau-Ponty (1908-1961) exprime dans Le langage indirect et les voix du silence qu’il n’y pas d’ « expression complète » au sens strict, parce que « tout langage est indirect et allusif ». Il ne s’agit pas de sous-entendu, terme qui suppose l’idée d’une langue prise comme modèle, fixant des normes, par rapport auxquelles les choses sont bien dites ou seulement sous-entendues. C’est que « l’absence de signe peut être un signe », le silence est signifiant. « L’expression [est] une opération du langage sur le langage qui soudain se décentre vers son sens ». La parole, fait d’exercer la fonction du langage, n’est qu’incluse dans l’expression, qui passe aussi par le non-dit.
NB Condition, ou bien conséquence de cette thèse : « nous chassons de notre esprit l’idée d’un texte original dont notre langage serait la traduction ou la version chiffrée »

3) CAPACITE HUMAINE DU MENSONGE
Le mensonge, c’est-à-dire l’utilisation d’un signe sans modification de celui-ci, comme écran, de sorte à faire prendre le faux pour le vrai, aggrave les difficultés de compréhension, bien qu’il soit lié à notre capacité de liberté d’utilisation des signes. Il diffère du leurre, qui veut faire prendre pour réel ce qui ne l’est pas.

C) CONSEQUENCES

1) Le langage n’est pas une copie de la réalité
Le langage n’est pas analogue à un codage de la réalité, parce que :
- plus de liberté
- mécompréhension possible, car équivocité possible + possibilité du mensonge

2) Seul l’opinion est objet de communication
L’opinion est un ciment social : elle permet la communication des hommes, en leur constituant des représentations, des points de vue identiques, sans équivocité possible. Au contraire, l’invention institue toujours une ambiguïté dans le message, puisqu’il y a méconnaissance : toute création est donc synonyme de danger pour la communication.

III. LE LANGAGE EXPRIME-T-IL EXACTEMENT LA PENSEE ? EST-CE UNE TRADUCTION DE QUELQUE CHOSE PRE STRUCTURE ? LA PENSEE SE REDUIT-ELLE AU LANGAGE ?

A. INFIDELITE DU LANGAGE (BERGSON)
Dans Le rire, Bergson (1859-1941) tend à prouver que notre vision des choses est faussée.

Un double voilage : deux éléments dissimulent la véritable nature des choses
- notre approche utilitaire des choses : Bergson parle de « tendance issue du besoin ». Nous avons mis sur les choses des « étiquettes », qui ne considèrent qu’une extériorité de la chose, son utilité. C’est exactement l’inverse d’une approche artistique (-> urinoir de Marcel Duchamps)
- le voile du langage, trop général. « Les mots (à l’exception des noms propres) désignent tous des genres. Le mot, qui ne note de la chose que sa fonction la plus commune et son aspect banal, s’insinue entre elle et nous ». Le langage ne restitue pas la complexité et l’unicité de la chose, il en tient au contraire le sujet éloigné.

Deux champs ainsi voilés :
- « les objets extérieurs », mais aussi
- « nos propres états d’âmes » : un sentiment est « intime, personnel, originalement vécu », il est tout en spécificité, avec « mille nuances fugitives », fugaces (car en évolution) et infimes particularités que le langage ne parvient pas à retranscrire telles quelles, d’autant que ces nuances s’accompagnent de « mille résonances profondes », ce qu’éveille en moi ce sentiment, qui ajoutent à la complexité.

Conséquence : « nous vivons dans une zone mitoyenne entre les choses et nous, extérieurement aux choses, extérieurement aussi à nous-mêmes ». Je ne puis vraiment saisir ni les choses externes ni mon intériorité. A défaut de pleinement comprendre, nous sommes « fascinés par l’action » et « notre force se mesure utilement à d’autres forces », toujours dans une optique de besoin.
Cette position de Bergson, qui veut que les pensées et les sentiments excédent ce qu’on peut en dire parce que le langage est trop général et conceptuel, est dite antinominaliste. Elle s’oppose à la thèse du nominalisme, qui défend une toute-puissance puissance du langage, qui donne existence aux choses.

Ce conflit est déjà mis en scène dans un dialogue de Platon, Cratyle : Cratyle, un sophiste, pose que les mots imitent les choses et sont justes par nature, selon un rapport de convenance certain entre signifiant et signifié. Son interlocuteur, Hermogène, soutient que le langage est conventionnel : « la nature n’assigne aucun nom en propre à aucun objet », le rapport est artificiel (voir Saussure).
Mais la position réaliste, celle de Bergson, qui montre l’imperfection du langage, soulève une interrogation : ne pourrions nous pas nous passer des mots, éviter ce medium réducteur et avoir une conscience directe des choses ?

B. MAIS LA CONSCIENCE ET LA PENSEE DEPENDENT DE LEUR EXPRES​SION(HEGEL)
Hegel (1770-1831) : « le mot donne à la pensée son existence la plus haute et la plus vraie », le langage n’est pas qu’un simple medium mais la chair de la pensée et des sentiments. Trois avantages à l’utilisation du langage :
- «forme objective » donnée à la pensée, que je peux identifier
- « nous différencions [nos pensées] de notre intériorité » : mise à distance qui permet l’examen de la pensée et ainsi sa précision, son éclaircissement.
- « nous les marquons d’un forme externe, mais d’une forme qui contient aussi le caractère de l’activité interne » : par un agencement précis de mots choisis, la pensée est restituée
C’est pourquoi « nous n’avons des pensées déterminées et réelles » que quand nous les intégrons dans le langage. L’objectivation de la pensée est nécessaire pour mieux la cerner, l’éclaircir, et tout simplement en avoir « conscience ».
Par ailleurs, Hegel ne croit pas en un intérêt supérieur de pensées indicibles qui excéderaient le langage : au contraire, « l’ineffable, c’est la pensée obscure, la pensée à l’état de fermentation, et qui ne devient claire que lorsqu’elle trouve le mot. ». Fermentation, c’est-à-dire état de transformation, d’indétermination, à laquelle remédie le langage.

C. LA PENSEE SE REDUIT-ELLE POUR AUTANT A SON EXPRESSION ?

1) ELLE S’Y REDUIT (THESE SOPHISTIQUE)

COURANT ANALYTIQUE (WITTGENSTEIN)
Idées du courant analytique :
- le langage est seul producteur de sens : tout texte conforme à la structure syntaxique du langage est porteur de sens, car logique
- il n’y a pas de vérité ultime, mais une multiplicité de sens, hétérogènes
- faire de la philosophie, c’est examiner les textes au regard de la grammaire et de la logique des énoncés, en éliminant ainsi les textes absurdes
- conséquemment, il n’y a pas de sens hors du langage ; la pensée s’y réduit

=> « Ce dont on ne peut parler, il faut le taire » (Ludwig Wittgenstein, 1889-1951), Tractatus logico-philosophicus) : ce qui ne peut être dit n’a aucune valeur de vérité, n’a pas de sens, puisqu’il ne peut rentrer dans la structure langagière, il faut donc taire l’indicible. Cette position semble à première vue conforme à celle de Hegel, avec un mépris de l’indicible, mais attention : pour Hegel, le langage n’est pas intrinsèquement producteur de sens, il est simplement indispensable à la constitution claire de la pensée. Il faut donc au contraire, dans la vue hegelienne, chercher à énoncer l’ineffable.

COURANT HERMENEUTIQUE (HEIDEGGER)
Idées de l’herméneutisme :
- il existe un sens de l’existence, caché, que les complexes, trop réducteurs, ne peuvent cerner, mais qui est déposé dans le langage
- faire de la philosophie, c’est interpréter les textes (-> // travail religieux)
- la poésie notamment est une voie d’accès au sens, par sa richesse d’interprétation, grâce à l’utilisation d’images polysémiques

=> « Le langage est la maison de l’être » (Heidegger). Le sens véritable réside dans le langage, c’est pourquoi, en un sens, la pensée s’y réduit.

3) CRITIQUE : LA PENSEE EXCEDE SON EXPRESSION
Preuves :
- les silences sont signifiants, cf Merleau-Ponty. Cette preuve cependant ne suffit pas, puisque Merleau-Ponty lui-même estime qu’il n’y a pas de pensée sans les mots
- l’absurde peut être signifiant
Ex de Freud, qui voit origines rationnelles aux délires de ses patients, et les détermine grâce aux actes manqués, aux défaillances, l’antipode du langage.
Ex de Descartes, qui recherche le savoir étable ailleurs que dans les savoirs.

Théorie
Guillaume d’Ockham (1285-1347), qui reprend St-Augustin et les Stoïciens : il existe des « paroles mentales » qui « n’appartiennent à aucune langue parce qu’elles se tiennent seulement dans l’esprit ». Ainsi, « il y a trois sortes de termes : écrits, parlés, conçus [… Le terme conçu est une intention ou une impression psychique signifiant quelque chose par nature, destinée à faire partie d’une proposition mentale. » Des données neuropsychologiques modernes semblent corroborer l’existence d’une pensée interne, sans langage, qui gouvernerait la pensée complète.
Source : Nouvel abrégé de philosophie, Jacqueline Russ

IV. DANS QUELLE MESURE LE LANGAGE PEUT-IL SERVIR LA RECHERCHE DE VERITE ?

1) VOIE DE LA SCIENCE : LE MATHEME
« Mathème » : terme inventé par Lacan (1901-1981) : inscription littérale, dont le sens est intégralement transmissible, sans équivocité. Les sciences, notamment mathématiques, ont créé un mathème : à l’aide de conventions arbitraires et dénuées d’ambiguïté, ils ont créé une langue artificielle, sans aucune équivocité, donc universelle. Cantonnées dans l’abstraction, les sciences proposent certes un certain rapport au réel, mais elles nous apprennent néanmoins des vérités sur le monde et les lois qui le régulent.

2) VOIE DE LA SCIENCE : LA POESIE
La poésie n’a pour matériau que les langues « ordinaires », pas de mathème : mais elle exacerbe et valorise les résonances des sens de celles-ci, sa musicalité. Par la métaphore, la poésie propose un autre usage de la langue : elle n’est plus simple outil de communication, et les mots ne sont plus simples outils signifiants. La poésie, comme les langages scientifiques, vise à maîtriser l’équivocité ; mais, au contraire des mathèmes, elle ne l’élimine pas, et cherche à jouer sur elle, à l’utiliser comme moyen d’ouverture sur des sens nouveaux, énigmatiques.

Mallarmé (1842-1898), dans Divagations, distingue un « double état de la parole » :
- le langage « pièce de monnaie » : les mots, normes évaluables, servent à échanger, « narrer, désigner, et même décrire ». C’est « l’emploi élémentaire du discours ».
- le langage de la littérature, notamment, veut détacher un « fait de nature » de cet état de fait, et en dégager « la notion pure ». La « fleur », en poésie, n’est pas fleur visible, mais « idée même et suave » ; j’accède à l’essence-fleur, à « l’absente de tout bouquet ». La poésie amène ainsi à la redécouverte de toute chose, car « la réminiscence de l’objet nommé baigne dans une neuve atmosphère », et il y a « surprise ».

3) VOIE DE LA PHILOSOPHIE
Pas de langage artificielle ; pas non plus de métaphore, car la philo, qui s’inspire des maths, cherche à réduire l’équivocité et non à jouer sur elle. C’est pourquoi la philo veut fixer le sens des mots afin d’ensuite raisonner, puis créer des vérités nouvelles en limitant l’équivocité.

CONCLUSION
Le langage n’est pas un simple code de signaux, car
- l’association entre le signifié et son support (sonore, visuel, gestuel…) est arbitraire
- capacité du mensonge, se servir de signifiants comme écrans
- équivocité, écart involontaire possible entre expression et intention, du fait d’un nombre de signifiants limité par rapport au nombre de choses à signifier. Les rapports possibles entre les sons, des glissements sont de ce fait multiples, et compliquent la compréhension.

Mais je ne peux me passer du langage, car l’ineffable est «fermentation », et je peux donc
- soit accepter des variations multiples de sens qui s’équivalent à travers le langage (sophistique)
- soit chercher à déterminer un sens unique, par les sciences, l’art ou la philo

En outre, le langage a un pouvoir d’action ; « Dire, c’est faire », dit John Langhsaw Austin (1911-1960). La parole peut être performative, avoir pour fonction de faire et pas seulement de dire ou de décrire : « Quand je dis, à la mairie ou à l’autel, etc, « oui, [je le veux] », je ne fais pas le reportage d’un mariage : je me marie » (Quand dire, c’est faire). Parler, c’est agir.
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Re: Le Langage : cours explicité

Message  Cécile le Ven 7 Jan - 17:31

Je vous prie de m'excuser pour le paragraphe qui compare le langage des abeilles, enfin leur "code de signaux" et le langage humain, il est sous forme de tableau sur mon ordi, mais je n'arrive pas à le restituer ici, donc ce n'est pas précisément plein de clarté, j'ai tenté pauvrement d'y remédier en mettant des lettres, A pour abeille et H pour hommes. Voilou, des bisous !! Very Happy
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Message  Jess le Ven 7 Jan - 19:37

cecile tu sais que tu es une ouf ? et qu'on t'aime ?? <3

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